3 juin 1828

Comment commémorer cette journée sans une pensée et un hommage pour celui qui le premier nous a ouvert les portes sur l’histoire de la présence indienne sur notre île, le premier qui relata l’histoire de ces quinze engagés Télougous. Merci monsieur Firmin LACPATIA pour toutes vos contributions.

Le mardi 3 juin 1828, il y a 196 ans, il faisait un temps comme ce matin sur cette même place où nous nous retrouvons.

La mer est agitée par une légère brise qui n’empêche pas les trois chaloupes d’accoster la goélette de sa majesté, La Turquoise, pour prendre en charge chacun des 15 indiens venus de Yanaon qui se trouvaient à son bord.

 Ils atteignent le débarcadère avec à leur tête celui qui semble être le chef  du groupe, le doyen d’entre eux, Gony Paty Palalou âgé de 45 ans.

L’instant revêt une grande importance puisque là où nous nous trouvons, quelques officiels de la Colonie sont présents : Le Directeur de l’Intérieur, Betting de Lancastel bien sûr, et les trois propriétaires choisis pour se répartir ces 15 indiens télougous qui vont être les premiers engagés du sucre que comptera notre île.

Ces trois propriétaires qui vont expérimenter cette nouvelle forme d’engagisme agricole dans un système esclavagiste n’ont pas été choisi au hasard.

Il s’agit de Fréon, propriétaire et Conseiller Colonial, de Gamin, propriétaire – négociant, et de Malavois, propriétaire- négociant aussi.

Leurs propriétés se trouvent à Sainte-Marie et Sainte-Suzanne, pas très éloignées les unes des autres , de sorte que nos quinze engagés ne soient pas isolés et puissent se retrouver.

Cette expérimentation va être minutieusement contrôlée dans sa mise en œuvre et sa réussite sera déterminante pour la suite.

Quand  la Turquoise quitte la rade de Saint-Denis le 22 décembre 1827 pour Pondichéry, le Commandant Prévost de Langristin est porteur d’une double mission décidée en conseil privé le 6 décembre : solliciter auprès de l’administrateur des établissements Français de l’Inde, monsieur Eugène Desbassyns, le recrutement de 15 ouvriers maçons stuqueurs et briquetiers pour l’entretien de la route royale, en provenance de Yanaon, et prendre des renseignements sur la possibilité d’attirer des Indiens qui seraient employés par les habitants pour des travaux de culture et de sucrerie.

Cette décision de recruter en Inde des travailleurs libres, on la doit au pragmatisme de Betting de Lancastel : en effet, suite à la déclaration faite au Congrès de Vienne, la traite négrière est prohibée le 8 février 1815.

Sur le plan local, le Gouverneur De Freycinet prendra ainsi une ordonnance le 25 mars 1822 prescrivant les dispositions pénales contre toute infraction aux lois interdisant la traite négrière.

Impossible donc à partir de cette date de faire entrer des esclaves, même clandestinement sur notre territoire.

 Le manque de main d’œuvre pour l’industrie sucrière en plein essor va en s’aggravant, l’île se tourne alors vers l’Inde  pour le recrutement de travailleurs libre avec un engagement.

 Pour Betting de Lancastel, cette expérimentation du travail libre dans un système esclavagiste  est un moyen de démontrer que nous pourrions nous passer du travail contraint non-rémunéré sans mettre en péril l’économie de la Colonie au moment où les voix abolitionnistes se font de plus en plus entendre partout en Europe.

Arrivée à Yanaon , la première mission se soldera par un échec : le recrutement des ouvriers qualifiés va s’avérer impossible, ces derniers refusant de s’engager pour travailler à moins de